Comment le microbiote intestinal influence notre système immunitaire ?

 

On parle beaucoup de microbiote mais aussi de système immunitaire. Quelle relation entretiennent-ils? On comprend l’importance de ce qui se passe à l’intérieur de nous lorsque l’on souffre de déséquilibres et d’inflammations voire de maladies. Alors quel pouvoir ont nos bactéries sur les défenses de notre organisme? comment agissent-elles? Je vous invite à voir ça de plus prés dans cet article.

Le microbiote

Jannes Jacobs

Le microbiote, anciennement appelé la flore intestinale, est un ensemble de micro-organismes vivant en symbiose dans nos intestins et notre côlon.

Il s’agit principalement de bactéries, de virus, de parasites, de levures et de champignons.

On compte entre 500 et 1000 espèces différentes chez l’adulte. Le microbiote intestinal est le plus important du corps humain. Il pèse entre 1 et 2 kg.

Un tiers de ce microbiote serait commun et les deux tiers restants seraient spécifiques à chacun d’entre nous.

La valeur de notre microbiote vient entre autre, de notre mode de vie et de notre alimentation. Notre patrimoine bactérien serait affecté de manière différente si l’on est né par voie basse ou par césarienne ou si l’on a été allaité ou non.

Ses principales fonctions

Ce schéma de Biocodex résume très bien les actions de nos bactéries et de nos hôtes vivants dans notre écosystème intestinal.

  • ·La digestion : le microbiote participe à la dégradation des aliments (glucides, lipides, protides) que nous sommes incapables de digérer comme la cellulose (présente dans la salade verte) ou une partie de l’amidon (comme la pomme de terre ou le riz) ou encore le lait animal (la lactase pour le sucre du lait et la caséine pour la protéine du lait). Elles assurent la fermentation de ces éléments et produisent des gaz afin de réguler notamment le transit.
  • L’assimilation et synthèse de certaines vitamines : la vitamine K ou les vitamines du groupe B.
  • Intervention dans le métabolisme du calcium et du magnésium.
  • La protection de l’organisme : le microbiote empêche les bactéries pathogènes de se fixer sur notre muqueuse d’où l’appellation de barrière protectrice.
  • La fonction auto-nettoyante, soignante et bienveillante. Ces micro-organismes font partie d’une grande famille dans laquelle chacun joue son rôle et le management de celles-ci est finement et intelligemment ciselé

C’est quoi le système immunitaire ?

Ivan Pergasi

Le système immunitaire assure les mécanismes de défense de l’organisme contre les différents agresseurs.

Il fonctionne grâce à la distinction entre le « soi », ce qui fait partie de notre organisme, et le « non-soi » qui représente tout ce qui est étranger à l’organisme.

En d’autres termes, le système immunitaire agit comme les forces de l’ordre pour nous protéger de toute forme d’agression.

Le fonctionnement s’illustre comme un barrage de police. Les globules blancs ont des récepteurs qui permettent d’interroger chaque cellule pour déterminer si celle-ci est normale ou anormale. Lorsqu’un globule blanc détecte une cellule anormale, le système immunitaire la neutralise et la détruit.

Il existe 2 types de réponse immunitaire

  • La réponse immunitaire innée (ou non spécifique) qui est immédiate.
  • La réponse immunitaire adaptative (ou spécifique) qui est tardive.

La réponse immunitaire Innée

Ricardo Arce

C’est la première ligne de défense face à des agents pathogènes et infectieux.

La réponse immunitaire est fonctionnelle 4 jours (96 heures).

Ses défenses seront : la barrière peau-muqueuse, la phagocytose (processus dans lequel les globules blancs, les phagocytes, mangent les cellules intrus et transforment une partie en peptide appelé antigène)

Ou bien la réponse inflammatoire ; nécessitant les cellules phagocytaires et les cytokines.

La réponse immunitaire adaptative

Chuanchai pundej

C’est la seconde ligne de défense contre les agents infectieux.

La réponse immunitaire adaptative se met en place au bout de 4 jours environ et elle est caractérisée par la mobilisation des lymphocytes, spécifiques aux vertébrés.

Il existe 2 types de lymphocytes : les lymphocyte B (LB) et les lymphocytes T (LT).

Les lymphocytes B ont à la surface des anticorps qui captent et reconnaissent les récepteurs des cellules pathogènes. Une fois que les lymphocytes B ont dévoré leur ennemi, ils émettent un antigène comme un drapeau.

Si il y a diagnostic de gros danger par les lymphocytes T, les lymphocytes B vont se multiplier comme une armée dans les ganglions lymphatiques et libérés des anticorps dans le sang.

A partir de là, il y a 2 actions possibles :

Soit les lymphocytes B deviennent effecteurs et rentrent en action soit ils restent passifs et deviennent « mémoire ». Ce dernier représente la création d’une patrouille de gendarmes qui restent en vigilance et qui passera à l’action dès que cela sera nécessaire.

Les effecteurs eux sont des usines à anticorps. Ils vont déverser un débit important d’anticorps dans la circulation sanguine. Ainsi, ces anticorps vont s’accrocher aux cellules ennemis comme des étiquettes pour dénoncer les intrus à l’organisme. Les anticorps vont aussi ralentir l’action virulente des cellules pathogènes.

.

Microbiote VS Immunité

Ravi Roshan

Un dialogue entre bactéries et système immunitaire s’engage dès la naissance, lors de la colonisation intestinale.

Cette communication est essentielle pour la survie de notre organisme. Nous avons vu précédemment que le microbiote est une vraie barrière protectrice grâce à son mucus et son bouclier de bactéries offensives.

Les micro-organismes qui composent notre microbiote jouent donc un rôle fondamental dans le développement et la régulation de notre immunité.

Une étude dévoile le rôle prépondérant du microbiote intestinal dans le système immunitaire.

Annie Spratt

Une équipe de chercheurs de l’Université Brown à Chicago, a constaté chez la souris, que le microbiote intestinal régule le système immunitaire de l’hôte.

Autrement dit, les bactéries sont utiles au bon fonctionnement des autres cellules et elles ne sont pas vues comme un ennemi potentiel par les cellules défensives. Les bactéries peuvent donc coexister pacifiquement avec le système immunitaire.

Comment le microbiote et le système immunitaire font pour s’entendre ?

Selon notre équipe de chercheurs, la vitamine A jouerait un rôle. Pour rappel, cette vitamine est indispensable au développement normal de l’individu et au maintien de la santé.

Les bactéries modèrent les niveaux actifs de vitamine A dans l’intestin, protégeant le microbiote d’une réponse immunitaire hyperactive. Cette clairvoyance peut s’avérer importante pour comprendre et traiter les maladies auto-immunes et inflammatoires, déclare Shipra Vaishnava, professeur adjoint de microbiologie moléculaire et d’immunologie chez Brown.

Un changement dans le statut de vitamine A et dans ses gènes métaboliques coïncide avec les maladies inflammatoires de l’intestin, mais ils ne savent pas si cela favorise l’inflammation ou non. L’observation faite ici est que les bactéries peuvent réguler la façon dont la vitamine A est métabolisée ou stockée dans l’intestin.

La carence en vitamine A

Ces résultats pourraient également fournir des indices sur l’importance du microbiote dans la lutte contre l’insuffisance de la vitamine A, un problème qui est particulièrement répandu en Afrique et en Asie du Sud-Est.

Seth Doyle

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une carence en vitamine A touche environ un tiers des enfants de moins de cinq ans. L’insuffisance de vitamine A affaiblit le système immunitaire et augmente le risque de maladies infectieuses. L’OMS fournit aux enfants à risque des suppléments de vitamine A depuis 25 ans, mais elle n’a pas eu autant de succès qu’espéré, affirme Vaishnava. Cette étude montre que les bactéries ont un grand rôle dans l’absorption et le stockage de la vitamine A et peut-être les enfants ont besoin d’avoir la bonne combinaison de bactéries dans l’intestin afin que les suppléments de vitamine A soit plus efficace.

Notre alimentation et nos bactéries intestinales sont étroitement liées à la régulation du comportement de nos cellules immunitaires. Chercher quelles sont les liens au niveau moléculaire est important pour apporter des réponses soit au niveau de l’alimentation soit au niveau des bactéries, ou les deux ensemble, pour avoir un effet thérapeutique dans les maladies inflammatoires ou infectieuses.

Les conséquences d’un microbiote déséquilibré

Anika Huizinga

La composition et la qualité de notre microbiote peut varier au cours de la vie.

Plusieurs phénomènes peuvent venir le perturber comme par exemple la prise d’antibiotiques, un régime alimentaire non adapté, une infection virale ou bactérienne…

L’apparition d’un déséquilibre et de ses conséquences va donner naissance à ce que l’on appelle une dysbiose. Cette dysbiose, si elle n’est pas rapidement pris en charge et si on l’ignore trop longtemps, peut engendrer des maladies telles que le diabète, l’obésité, la dépression, l’autisme, les allergies ou encore des pathologies digestives.

Nous voyons bien ici, que le maintien d’une flore intestinale saine et forte est indispensable pour notre santé. Notre système immunitaire est directement affecté par la symbiose de nos bactéries et de nos hôtes vivants dans l’écosystème intestinal. Environ 60 à 70 % de notre immunité est concentré dans nos intestins. Le microbiote intestinal pourrait-il donc devenir un « nouvel organe immunitaire » ?

Les signes d’un système immunitaire affaiblit

Michael Dziedzic

Il y a plusieurs indicateurs visibles qui montrent que nos troupes de défenses faiblissent :

  • Une fatigue qui s’installe et qui dure. On a du mal à se lever le matin, on est exténué lorsqu’on monte les escaliers, on est mous à faire certaines tâches basiques…
  • Des infections à répétition comme un rhume, une tendinite, un bouton de fièvre, une cystite…
  • Des allergies : On devient plus sensibles à des aliments ou à des pollens de manière fréquente.
  • La digestion est perturbée soit par des phases de diarrhée ou de constipation.
  • La cicatrisation d’une plaie met beaucoup plus de temps que d’habitude…

Comment rétablir l’équilibre et la bonne entente ?

Joseph Pearson

Nous pouvons agir au quotidien pour tendre vers une bonne santé. Créer l’harmonie entre notre système immunitaire et notre microbiote est possible et il est même de notre responsabilité. Comment rétablir l’équilibre est une question qu’il sera nécessaire de développer davantage dans un autre article. Je vais cependant vous donner déjà quelques pistes :

La première chose est de supprimer le plus possible les toxiques qui vous entourent et vous polluent. Comme par exemple le stress, la pollution, fumer, manger trop de sucre etc…

Ensuite, il est évident que l’alimentation est un pilier fondamental pour nourrir correctement vos cellules et votre écosystème bactérien.

Considérez également votre hygiène de vie de manière générale avec la qualité de votre sommeil, de votre hygiène corporelle mais aussi psychologique, vos activités physiques…

Pour conclure, il y a de nombreuses études sur le sujet du microbiote intestinal et l’immunité. Ce qu’il est important de retenir est que notre écosystème intestinal est un pilote de notre système immunitaire. Il véhicule l’harmonie et la vitalité dans tout notre organisme. Prenez soin de vous 😉

Cet article vous a plu ? Partagez-le et laissez-moi un commentaire Smile.

Partager l'article :
  •  
  •  
  •